Trois Cadavres Pour Un Cercueil

– Cadavres exquis, travaux de fossoyeurs et autres fantaisies littéraires à caractère ludique

vendredi 29 juin

Mort aux funambules !

Elles charrient quantités de chansons crevées, de soupirs sous verre, de brises insipides, de coups d'éclats émiettés, d'espoirs mazoutés, tes paupières, ce soir. Pourquoi non ? J'aime autant en convenir tout de suite. Pas de grands phares: ou je n'y vois goutte, ou il y a quelques non-dits dans ta pose de cigare fumant. Ta main regimbe; ta jambe emprunte un air de sainte nitouche . Nous ne sommes pas dupes: les plus grands traités se jouent sur une passe de tango, dis-je.
Il me souvient de la volière où roucoulaient nos sourires bagués, équerres volantes croquant le paysage comme dans une pâte d'amande, plus précis que les orfèvres. Fraîche, l'empreinte de buée que les doigts laissaient sur l'outreciel, dit-elle alors.
Mais il a fallu qu'ils arrivent, gaillerets, avec leurs cliques et leurs claques sur l'épaule, raides comme des paratonnerres, prévenants comme des empoisonneurs. Attirer la colère et instiller la suspicion, un jeu d'enfant pour ces spectateurs parlant plus fort que le souffleur. Ils dansaient avec un style de compas endimanchés, narguant nos acclamations comme l'aiguille d'un outrancier cardiogramme. Je les ai vu osciller sur le fil de notre coeur à crans d'arrêt, titillant tour a tour rancoeur et clémence. L'hypnose aura fonctionné; tu les suivis sur scène.
Les jerricans pesaient lourd dans la conscience. Quel qu'inflammables étaient nos voeux, il se tordent encore dans les volutes. Je me suis vengé, répondis-je.

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jeudi 28 juin

Catastérismes des temps modernes

Qui n'a jamais ressenti une petite douleur à l'horizon, lorsque le sagittaire relâche délibérément la corde vocale que vous tentiez de retenir pour ne pas satisfaire aux suppliques de l'aspic aérodynamiques tapi sous la glotte pour s'élancer et mordre le feutre de la nuit ? Tout le monde sait que tête nue, les étoiles herpétophobes ont tôt fait de s'enrhumer.
Là, velléitaires, à attendre, les mains dans les poches, renâclant, maugréeant comme des chacals bien élevés une idée encore frétillante, une carcasse de souvenir, un coeur à ciel ouvert, nous passions nos soirées.
Pendant ce temps, les candidats au catastérisme affluaient. Vitreux et grelottants comme des flancs juchés sur des plateaux de cantine, obèses, l'oeil torve, ils font la queue pour la canonisation, essorant une bouche flasque de voix lactée périmée. On leur fait comprendre la patience à grands coups de tracts vantant les mérites de l'artilleur-chef. Brièvement sont présentés sa formation professionnelle, ses références et diplômes en ballistique cosmique, son dossier médical – auquel est joint sa dernière expertise psychiatrique– et un essai de métaphysique diététique sur les acides gras saturés en a peine plus de trois cent soixante-cinq pages plus un paragraphe. Dès lors, plus de doute permis: de gazeux, les estomacs reviennent à l'état solide, tout naturellement.
Le tir est pour bientôt. Les volutes se répandent déjà en promesse argentées. L'espoir a une odeur de poudre.
Une fois le canon dételé, c'est au tour des ambitions d'entamer leur tumescence. Bousculades. Empoignades. On a beau jeu de juguler une avalanche suifeuse et déterminée.
La chair bon marché s'entasse dans l'âme métallique de l'engin. Caressé par quelques remontrances nourries, les échafaudages battent en retraite. Mise à feu.
Happés par la distance, c'est calcinés mais béats que les élus apparaissent à l'écran. La projection a commencé; silence dans la salle.

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lundi 18 juin

Maëlstrom dans un dé à coudre

Aujourd'hui c'est le printemps, j'ai décidé de faire le ménage dans mes méninges.
Je décroche toutes mes pensées les dénoue les rembobine les désarticule les démousseline les emboîte les déboîte les désemboîte, les plus tendres comme les plus effilochées – celles-ci me donnent plus de fil à retordre.
Blotties ensuite entre la pendule aux hanches généreuses et le placard à squelettes, ces petites pelottes tirent de moi une approbation émue. La répugnance d'autrefois a fait place à une flexibilité tenant de l'offrande désintéressée. Il faut tout de même s'en départir vite vite avant que les doigts ne s'y engluent.
D'autres pensées, les plus vindicatives, celles qui m'ont valu de m'y prendre à sept fois pour les introduire à travers le chas échaudé de ma conscience plurielle, il faut leur montrer les égards les plus méticuleusement obséquieux. Si dans le processus elles deviennent rationnelles, alors elles ne sont plus bonnes à rien: il faut s'en débarasser au plus vite. Fissa fissa, je les enroule autour de mon coude comme l'oncle quand il était dans la marine – le pauvre, étourdi à tel point par le parfum encore palpable du mouchoir de sa maîtresse se pâmant sur la berge afriolante qu'il l'aurait confondu avec la grand-voile et que, pour faire le beau, le pauvre, il a lancé l'amarre beaucoup trop haut... Inutile d'être versé en mécanique quantique pour deviner la suite: l'amarre s'accroche à la lune; la lune rougit de reconnaissance envers l'oncle et verdit de jalousie envers la maîtresse, puis, pousse la folâtrerie jusqu'à se jeter dans les bras de l'oncle; l'oncle, n'écoutant que son instinct de survie, saute par dessus bord; la lune pleine de griserie dégringole sur lui et s'abîme dans les profondeurs de l'océan, déclenchant un harpège de ras-de-marée, qui entraînera par la queue le florilège de notes inspirée par l'épouvante au pauvre génie, gesticulant maintenant d'avantage que sa belle dans son sillage vertical.
Ces pensées naufragées, donc, je les enroule autour de mon coude puis je les verse sur un monceau de terre meuble et bucolique, tout lombrics qu'elles sont redevenues après toutes ces péripéties. Elles filent à l'anglaise dans les limbes, qui digèrent encore bruyamment leurs cantiques d'adieu.
Mais mes pensées à venir, celles que paîtra la quenouille vrombissante servant d'essieu non pas à mon espoir, pauvre petite marionnette déjà depuis longtemps jeté en pâture aux caresses concupiscentes du vent qui hulule dans la cheminée, ces pensées, je les abouchent avec leurs homologues officiels, les mène à une alcôvre molletonnée, éteint la lumière, ferme la porte à double tour, avale la clef conçue par un fameux serrurier-confiseur pour fondre sur la langue, m'écarte de quelques pas puis, n'y tenant plus, m'arc-boute contre la porte gênée de tant de gaillarde familiarité, afin de recueillir les doux chuitements de leurs colloques intimes.
Puis, les bras ballants, je retourne filer mes métaphores.

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mardi 20 mars

Déconstriction

La Cité est parfois
Un boa assagi
    Ses soupapes assoupies
Nous sifflent de vives voix

    Des berceuses machinales
Qui tressent nos envies
    Nos désirs et nos vies
De fil subliminal

    Sa langue d'incarnat
Susurre à notre oreille
    Tant de monts et merveilles
Nous donnant pour repas

    Tous les restes indigestes

De nos propres abats

    La cité est parfois
Un boa assagi
    Ses anneaux surannés
Nous glissent au doigt
    Les entraves glacées
Qui nous servent de lois.

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mercredi 14 mars

Fouille corporelle

Dans tout les cieux
Sur les nuages
Dans les branchages
Parmi les oeufs

D'une grande raie
Sous les boisseaux
Et les ruisseaux
Dans les ronceraies

Sur les montagnes
Dans les cavernes
– Drapeaux en berne
Mât de cocagne

Sous l'océan
Dans les tisons
Dans tes frisons
Sous mon séant

Soyons vulgaire
Dans mes écrits
Rongés de vers
Tout l'univers
Encore en crie

Derrière

La clôture peinte
Et les jacinthes
La fourmilière

La remise du fond
Très vermoulue
Ne tenant plus
Que sur les gonds

Les champs de soja
Vagues épis
Flottant débris
Vers l'au-delà

Et par delà

Après les fous
Les marabouts
Les cardinaux
Les maréchaux
Les koalas
Les mazurkas

Je t'ai cherché.

Avec un peu
Beaucoup
Passionnément

D'inavoués.


Adrien

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vendredi 23 février

Chant du signe

   Que n'ai-je compris
Tous les auspices de neige
Contre tes iris Givrés de sillages
Que les avions escrimaient
    Entre les nuages ?

Dans ces phares prophétiques
    Pour tout sémaphore
    Seul et pathétique
Papillonne un éphémère                                                

    Ton corps hiéroglyphe
A tes gestes calligrammes
    Supplée l'épitaphe
Commune à toutes les femmes

"Pour lire dans tes cieux 
On connaît trop peu d'augures
Et bien trop peu d'haruspices
Pour lire dans ton coeur"


Adrien

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dimanche 04 février

Mon cerveau

C'est un harem fumant
D'ombres capiteuses alanguies
S'y fondant comme autant
De liquides origamis

C'est un vivant totem
Amoureux à mourir
De la fille aînée du sachem
– Coeur taillé pour souffrir

Un golem chuintant
Devenu ensuite majordome
Dans cet hotel longtemps
Un très célèbre baisodrome

C'est enfin – Quel dilemme
Les deux mains sur ma gorge
Lisant un petit anathème
Coquin La mort en soutien-gorge.



Adrien

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mercredi 31 janvier

L'Avenir de la poésie ou Les Petites mécaniques

Dans quelques années peut-être
    Sera-ce une machine
Machine poète

Conçue quelque part en Chine
    Pour délivrer l’épitête
De l’organique origine
    Du viol de l’esthète

Plus de vaines pâmoisons       
    Les larmes frelatées       
Ne sont plus de saisons   
    Après la pluie l’été            
C’est le temps des moissons       

Dans quelques années peut-être
    Les images orphelines
Demanderont aux poètes
    D'unir par la rime
Des couples sans prêtre

Plus de mariages de raison
    Les métaphores athées
Veulent sans condition
    Des mécaniques huilées   
L'immaculée conception

Dans quelques années peut-être
    Les machines prophètes
Des tristes poètes

A la mandoline
Joueront l'oraisons.


Adrien






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mardi 30 janvier

Métempsycose

Avant l’éclair l’alouette
Relève soudain la tête
Tendant son gage posthume
Bouquet de plume au poète
Qui sillonnant les écumes
Toujours en pare son trirème


Adrien

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XII

Ce matin délétère
Qui point son sourire cabotin
Je l’ai vu dans mon belvédère
Le main en visière, fixant le lointain

C’est drôles ces humeurs élastiques
Délassées, le soir faisant leurs grâces
Et le matin les congédie extatiques
Vers d’autres confins peut-être l’espace

C’est sans compter l’implacable horizon
Son œil d’airain sans ornière
Te fixe jusqu’à en perdre raison
Tu n’as pour toi que tes chimères


Adrien

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