vendredi 29 juin
Mort aux funambules !
Elles charrient quantités de chansons crevées, de soupirs sous verre, de brises insipides, de coups d'éclats émiettés, d'espoirs mazoutés, tes paupières, ce soir. Pourquoi non ? J'aime autant en convenir tout de suite. Pas de grands phares: ou je n'y vois goutte, ou il y a quelques non-dits dans ta pose de cigare fumant. Ta main regimbe; ta jambe emprunte un air de sainte nitouche . Nous ne sommes pas dupes: les plus grands traités se jouent sur une passe de tango, dis-je.
Il me souvient de la volière où roucoulaient nos sourires bagués, équerres volantes croquant le paysage comme dans une pâte d'amande, plus précis que les orfèvres. Fraîche, l'empreinte de buée que les doigts laissaient sur l'outreciel, dit-elle alors.
Mais il a fallu qu'ils arrivent, gaillerets, avec leurs cliques et leurs claques sur l'épaule, raides comme des paratonnerres, prévenants comme des empoisonneurs. Attirer la colère et instiller la suspicion, un jeu d'enfant pour ces spectateurs parlant plus fort que le souffleur. Ils dansaient avec un style de compas endimanchés, narguant nos acclamations comme l'aiguille d'un outrancier cardiogramme. Je les ai vu osciller sur le fil de notre coeur à crans d'arrêt, titillant tour a tour rancoeur et clémence. L'hypnose aura fonctionné; tu les suivis sur scène.
Les jerricans pesaient lourd dans la conscience. Quel qu'inflammables étaient nos voeux, il se tordent encore dans les volutes. Je me suis vengé, répondis-je.
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