Trois Cadavres Pour Un Cercueil

– Cadavres exquis, travaux de fossoyeurs et autres fantaisies littéraires à caractère ludique

lundi 18 juin

Maëlstrom dans un dé à coudre

Aujourd'hui c'est le printemps, j'ai décidé de faire le ménage dans mes méninges.
Je décroche toutes mes pensées les dénoue les rembobine les désarticule les démousseline les emboîte les déboîte les désemboîte, les plus tendres comme les plus effilochées – celles-ci me donnent plus de fil à retordre.
Blotties ensuite entre la pendule aux hanches généreuses et le placard à squelettes, ces petites pelottes tirent de moi une approbation émue. La répugnance d'autrefois a fait place à une flexibilité tenant de l'offrande désintéressée. Il faut tout de même s'en départir vite vite avant que les doigts ne s'y engluent.
D'autres pensées, les plus vindicatives, celles qui m'ont valu de m'y prendre à sept fois pour les introduire à travers le chas échaudé de ma conscience plurielle, il faut leur montrer les égards les plus méticuleusement obséquieux. Si dans le processus elles deviennent rationnelles, alors elles ne sont plus bonnes à rien: il faut s'en débarasser au plus vite. Fissa fissa, je les enroule autour de mon coude comme l'oncle quand il était dans la marine – le pauvre, étourdi à tel point par le parfum encore palpable du mouchoir de sa maîtresse se pâmant sur la berge afriolante qu'il l'aurait confondu avec la grand-voile et que, pour faire le beau, le pauvre, il a lancé l'amarre beaucoup trop haut... Inutile d'être versé en mécanique quantique pour deviner la suite: l'amarre s'accroche à la lune; la lune rougit de reconnaissance envers l'oncle et verdit de jalousie envers la maîtresse, puis, pousse la folâtrerie jusqu'à se jeter dans les bras de l'oncle; l'oncle, n'écoutant que son instinct de survie, saute par dessus bord; la lune pleine de griserie dégringole sur lui et s'abîme dans les profondeurs de l'océan, déclenchant un harpège de ras-de-marée, qui entraînera par la queue le florilège de notes inspirée par l'épouvante au pauvre génie, gesticulant maintenant d'avantage que sa belle dans son sillage vertical.
Ces pensées naufragées, donc, je les enroule autour de mon coude puis je les verse sur un monceau de terre meuble et bucolique, tout lombrics qu'elles sont redevenues après toutes ces péripéties. Elles filent à l'anglaise dans les limbes, qui digèrent encore bruyamment leurs cantiques d'adieu.
Mais mes pensées à venir, celles que paîtra la quenouille vrombissante servant d'essieu non pas à mon espoir, pauvre petite marionnette déjà depuis longtemps jeté en pâture aux caresses concupiscentes du vent qui hulule dans la cheminée, ces pensées, je les abouchent avec leurs homologues officiels, les mène à une alcôvre molletonnée, éteint la lumière, ferme la porte à double tour, avale la clef conçue par un fameux serrurier-confiseur pour fondre sur la langue, m'écarte de quelques pas puis, n'y tenant plus, m'arc-boute contre la porte gênée de tant de gaillarde familiarité, afin de recueillir les doux chuitements de leurs colloques intimes.
Puis, les bras ballants, je retourne filer mes métaphores.


Posté par A3Mains à 14:44 - Décomposition libre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Si je doute encore de tes talents de couturier, je ne peux que m'incliner devant la maîtrise des métaphores filées...

Posté par Marie-Sophie, mercredi 20 juin à 18:34

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